L'idée est de ne pas repasser par Phnom Penh pour remonter en direction de Siem Reap. En regardant une carte, pas beaucoup de choix hormis une grosse zone sur laquelle il faut quand même pas mal zoomer sur googlemaps pour apercevoir une route.
Je n'en sais pas plus sur ce qui m'attend mais à priori ça sera un bon petit challenge.
Je pars sans tarder depuis Sihanouk, Yann et Samira devrait me rejoindre et me doubler en tuk-tuk dans les jours qui suivent ainsi que Viktor, toujours en moto.
Le 1er jour, je fais ma centaine de bornes jusqu'à Sre Ambel. Sans encombre mais quelques premières côtes à surmonter. Ça change après le plat tout azimut des premières semaines et avec mon packtage sur le train arrière ce n'est plus la même histoire, et pas de nouvelle de l'éventuelle voiture balai.
Le second, ça se corse encore un peu. La route à la bonne idée de relier les cols aux ponts, montés/descentes en permanence. Les points de ravitos se font plus rares ; flairant le mauvais plan, je prévois un dîner à emporter. Pas manqué, pas un patelin pendant des bornes lorsque le soleil s'approche de l'horizon et les crampes de mes mollets.
Un peu de réconfort avec Viktor qui est parti ce matin et qui ne subit pas de la même manière le dénivelé.
Je me trouve finalement un coin pour accrocher à deux arbres mon nouvel hamac avec moustiquaire intégré. Pas trop mal calé, un gendarme avec kalash vient checker, suite à la dénonciation d'un routier qui avait une envie urgente à soulager juste en face de mon campement ; de quelle nature est le clandestin ? Il sourit en me voyant et envoit quelques phrases à mon délateur. Pas grand chose à cueillir dans le coin, ça aurait été nickel avec quelques mangues.
Je prends une crampe en m'extrayant du hamac au réveil, une bonne journée s'annonce. Mes réserves de gateaux sont à sec ; je ne trouve qu'à me faire faire des nouilles instantanées quelques kilomètres plus loin.
Nouvel échec un peu plus loin quand le raccourci que je pensais prendre avant Tatai, qui m'aurait fait couper une trentaine de bornes en évitant d'aller jusqu'à Koh Kong, se révêle la voie d'accès à une centrale hydro-électrique.
Je tire donc jusqu'à Koh Kong où je partage avec surprise et réconfort le lunch avec Viktor et Ben.
Je poursuis sur une trentaines de bornes, ponctuées de pentes dignes du Galibier. Cette fois, même pas d'arbres pour m'accrocher. J'installe le hamac sur un lit de feuilles et passerai le nuit au milieu d'un concert inédit, mélange improbable de chants d'oiseaux, cigalles et scies circulaires.
Le jour suivant attaque encore plus fort. Quand on se retrouve au pied d'un barrage au fond de la vallée, on sent tout de suite que le quart d'heure s'annonce costaud. Finalement en haut d'une montée, les coudes posés sur le guidon, un pick-up me fait une offre face à laquelle ma volonté ne pourra s'opposer.
Avec la route qui devient piste, je passerai sans l'avoir prémédité, certaines des portions les plus rudes. Les nids de poules et la conduite de mon sauveur me permettront par contre de troquer pour un temps le mal de jambes pour un bon mal de dos.
Je passe la nuit à Pramaoy, sans wifi donc toujours sans nouvelle du fameux tuk-tuk qui aurait dû me dépasser depuis un moment.
A Pramaoy, deux choix, continuer plein nord pour rejoindre directement Battambang ou prendre vers l'est pour Pursat. Vu mon état et celui de la piste du nord, réputée dégueulasse, je choisis la seconde option.
Ce semblant de journée de repos m'aura fait du bien. Les jambes sont mieux, la piste est correcte et les kilomètres défilent. Je connais enfin ma première crevaison en devant passer par une portion en travaux. Je me pose sur le bord, commence à démonter et je vois arriver tous les commis de chantier qui se feront un plaisir de m'aider (ou de déserter leur affectation au choix).
Je retrouve enfin de l'asphalte, indice de la dernière bataille avant Pursat, et des gamins souriants. Ça me redonne un peu de baume au cœur, je change de plateau mais vais vite le payer. Je finis les derniers kilomètres à l'agonie et me pose dans la première guest-house à bout de force, après 115km.
Le lendemain je mets le vélo dans un bus et rejoint Viktor à Battambang, je n'y fais que glander dans le dortoir et prenons le jour suivant un bateau sur le labyrinthe fluvial du lac Tonlé Sap, pour aller à Siem Reap et les célèbres temples d'Angkor.
Trajet génial, à la limite de s'échouer maintes fois, nous traversons des villages flottants plein de vie. Ecoles, épiceries, enclos d'animaux, filets de pécheurs monstrueux façon machines de sièges tout y passe et il aurait fallu avoir le doigt sur le déclencheur en permanence.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire